L'Ukulélé ressemble de prime abord à une simple guitare miniature. Un jouet. Pour autant, prononcer son seul nom suffit à évoquer ces atolls madréporiques où guerriers cannibales et lascives vahinés rythment jour et nuit de sa musique, mêlée à celle des tambours, leurs danses et leurs incantations païennes. Car l'ukulélé réunit à lui seul et sous un faible volume tous les rêves exotiques de paradis terrestre...
Né à Honolulu il y a plus d'un siècle, ce petit-fils du cavaquinho portugais connut ses heures de gloire, et grâce à quelques fameux ambassadeurs tels King Benny Nawahi, pitre hawaiien, Cliff Edwards, dit Ukulele Ike, créateur du "Singing In The Rain" et voix de Jiminy Cricket chez Disney, Roy Smeck, qui lui fit cracher à la seconde plus de notes qu'un piano mécanique, Laurel et Hardy dans les "Compagnons de la Nouba", George Formby, Marylin Monroe, Elvis Presley, Tiny Tim, Maurice Chevalier... Sears où on l'achetait par correspondance au prix d'une boîte de mauvais cigares; et encore le Syndicat des Musiciens Américains qui osa l'exclure de la grande famille des instruments de musique officiels, permettant ainsi à des centaines d'acteurs, danseurs et strip-teaseuses de poser sur la photo prise chez le Harcourt local avec un ukulélé.
Longtemps indissociable de la légèreté facétieuse et du décor tropical en faux-semblant des vaudevilles hollywoodiens, l'ukulélé a été boudé, voire méprisé au cours de ces dernières années - il est vrai particulièrement saturniennes.
Pourtant, petit et maniable, joli autant que modeste, aisément transportable, tout à la fois facile à jouer et digne des plus grandes virtuosités malgré ses quatre cordes et ses quelques frettes, l'ukulélé ne devait-il pas redevenir l'instrument moderne par
excellence ?
Avec Dominique Cravic, Joseph Racaille, Bradney Scott, Cyril Lefebvre, Fay Lovsky, Tony Truant, Pierre Sangra, Silvano Michelino, Bertrand Auger. CD : “Manuia!” Universal Jazz (017-741-2)
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